Le caftan du kadi, fil d’or de l’histoire et de l’élégance constantinoises
À Constantine, le passé se raconte aussi à travers les étoffes. Le caftan du kadi, habit d’apparat ancestral brodé de fils d’or, demeure l’un des symboles les plus éloquents du raffinement, du savoir-faire artisanal et de la richesse culturelle algérienne.
Initialement porté par les hommes et étroitement associé à la fonction de juge, ce vêtement prestigieux s’est progressivement transformé pour devenir une tenue de fête féminine, incarnant aujourd’hui l’élégance et l’identité constantinoises. Sa passementerie délicate et son tissu noble témoignent d’une tradition profondément ancrée dans l’histoire sociale et culturelle de l’est algérien.
Perchée entre ponts suspendus et falaises abruptes, la ville du Vieux Rocher a su préserver ce précieux héritage, faisant du caftan du kadi bien plus qu’un simple vêtement : un marqueur de mémoire collective et un élément vivant du patrimoine national.
D’un habit masculin à une icône féminine
La directrice du musée public national des arts et expressions culturelles traditionnelles, au Palais Ahmed-Bey, Meriem Kebaïlia, rappelle que le caftan du kadi était à l’origine un habit masculin symbolisant l’autorité, le prestige et le rang social. Sa confection, riche en fils d’or et en tissus luxueux, reflétait la stature du kadi, figure centrale de la société.
Avec le temps, le caftan a été adopté par les femmes, notamment lors des grandes cérémonies. Selon l’artisane Safinaz Aouiche, présidente de l’association Les pionnières du Vieux Rocher, les techniques de broderie différaient selon le genre : le Medjboud pour les hommes et la Fetla pour les femmes, deux méthodes proches mais distinctes.
Des archives datant du XVIIᵉ siècle, notamment des registres de tribunaux religieux, attestent de l’importance du caftan, souvent mentionné comme élément incontournable de la dot des mariées constantinoises.
Un habit au rayonnement international
Le prestige du caftan du kadi a largement dépassé les frontières algériennes. Des pièces historiques sont conservées dans plusieurs musées étrangers. À Stockholm, un caftan offert en 1731 par Ali Pacha au roi de Suède est exposé, tandis qu’à Vienne, plusieurs caftans algériens ont été présentés au palais de la Hofburg et au château de Schönbrunn à la fin du XIXᵉ siècle.
Des musées à Damas conservent également des caftans ayant appartenu à Zineb, fille de l’Émir Abdelkader, confirmant la portée historique et symbolique de cet habit.
Un savoir-faire ancestral préservé
La fabrication du caftan du kadi reposait sur des techniques artisanales uniques. À Constantine, la broderie s’effectuait autrefois à l’aide d’une peau de mouton utilisée comme support, tandis que les fils d’or étaient fixés selon des procédés traditionnels transmis de génération en génération.
Ce travail minutieux, exigeant précision et patience, était étroitement lié à Dar El Debbagh, haut lieu du cuir raffiné constantinois. Chaque pièce devenait ainsi une œuvre d’art, reflet d’une élégance rare et d’un héritage précieux.
Encore porté lors des mariages et grandes cérémonies, le caftan du kadi demeure un patrimoine vivant, porteur de mémoire et d’identité, contribuant à la reconnaissance du costume traditionnel algérien sur la scène culturelle mondiale.
