Le Brésil ratifie l’accord UE–Mercosur et relance le projet de libre-échange
Kessar Adel
Une nouvelle avancée a été franchie dans la création d’une vaste zone de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Le Sénat brésilien a ratifié l’accord commercial entre les deux blocs mercredi 4 mars 2026, quelques jours seulement après l’approbation du texte par la Chambre des députés. Les sénateurs ont adopté l’accord à l’unanimité, selon l’annonce faite par le président du Sénat, Davi Alcolumbre. Cette décision renforce la dynamique de ratification déjà engagée par d’autres pays du bloc sud-américain.
Signé à la mi-janvier à Asuncion, au Paraguay, l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur est l’aboutissement de plus de vingt-cinq années de négociations. Il concerne les quatre membres fondateurs du Mercosur — Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay — et pourrait donner naissance à l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Ensemble, ces deux blocs représentent environ 30 % du produit intérieur brut mondial et un marché potentiel de près de 720 millions de consommateurs.
Après les ratifications de l’Argentine et de l’Uruguay la semaine précédente, il ne reste désormais plus que le vote du Parlement paraguayen pour que l’accord soit validé par l’ensemble des pays du Mercosur. Cette étape constituerait un signal fort en faveur de la coopération économique entre l’Europe et l’Amérique du Sud dans un contexte international marqué par la montée du protectionnisme.
L’accord prévoit notamment la suppression progressive des droits de douane sur plus de 90 % des échanges commerciaux entre les deux blocs. Le marché européen s’ouvrira davantage aux produits agricoles sud-américains, tandis que les exportations européennes bénéficieront d’un accès facilité aux marchés du Mercosur. Le Brésil, première économie d’Amérique latine et grand exportateur de produits agricoles comme le café, le soja ou la viande bovine, s’est montré particulièrement favorable à cet accord.
Toutefois, pour éviter une arrivée massive de produits agricoles très compétitifs sur le marché européen, la Commission européenne a négocié des quotas d’importation assortis de droits de douane réduits. Par exemple, certaines quantités de viande bovine, de volaille, de sucre ou de riz pourront être importées à des conditions tarifaires préférentielles, tandis que les volumes dépassant ces seuils resteront soumis aux taxes douanières habituelles.
De leur côté, les pays du Mercosur réduiront progressivement leurs droits de douane dans plusieurs secteurs industriels. Les exportations européennes de voitures, de textiles, de chaussures en cuir, de vins ou encore de spiritueux verront leurs taxes disparaître après une période de transition. D’autres secteurs, comme les pièces automobiles, les produits chimiques ou pharmaceutiques, bénéficieront également d’une ouverture progressive des marchés sous certaines conditions.
Malgré ces avancées, l’accord reste controversé en Europe. Certains États membres ont exprimé leurs inquiétudes, notamment en raison de l’impact potentiel sur l’agriculture européenne. Le Parlement européen a d’ailleurs choisi de consulter la Cour de justice de l’Union européenne afin de vérifier la conformité du traité avec le droit européen, ce qui suspend temporairement le processus de ratification.
Dans ce contexte, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé l’application provisoire de la partie commerciale de l’accord. Cette décision, autorisée par les règles européennes, permet de mettre en œuvre certaines dispositions avant la ratification complète par le Parlement européen.
La décision a toutefois suscité des critiques, notamment de la part du président français Emmanuel Macron, qui a dénoncé une initiative jugée prématurée et susceptible de fragiliser certains secteurs agricoles européens. Les organisations agricoles redoutent en effet une concurrence accrue de produits sud-américains moins soumis aux mêmes normes environnementales et sanitaires.
Malgré ces tensions politiques, l’accord UE-Mercosur demeure un projet majeur pour le commerce international, susceptible de redéfinir les échanges entre l’Europe et l’Amérique du Sud pour les années à venir.
