Détroit d’Ormuz : bien plus qu’une crise pétrolière
Par : Darine . N
Fermé depuis huit jours, le détroit d’Ormuz est souvent présenté comme un simple point de passage stratégique pour le pétrole mondial. Pourtant, l’enjeu dépasse largement la question énergétique.
Chaque jour, près de 20 millions de barils de pétrole transitent par ce corridor maritime. Mais ce flux ne concerne pas uniquement le carburant. Une grande partie du soufre mondial — environ 92 % — provient du raffinage du pétrole et du gaz. Or ce soufre est indispensable à la production de l’acide sulfurique, la substance chimique la plus produite au monde.
Cet acide joue un rôle clé dans l’économie mondiale. Il est notamment utilisé pour extraire des métaux essentiels comme le cuivre et le cobalt, indispensables à la fabrication des transformateurs électriques, des batteries de véhicules électriques et des infrastructures des centres de données.
Ainsi, une seule matière première, transportée par un seul passage maritime étroit, alimente une chaîne industrielle mondiale entière.
Les conséquences d’une fermeture prolongée pourraient également toucher l’énergie en Asie. Le Qatar expédie environ 30 % du gaz naturel liquéfié importé par Taïwan via le détroit d’Ormuz. Or l’île ne disposerait que d’environ onze jours de réserves de gaz.
Cette situation pourrait rapidement affecter l’industrie technologique mondiale. La société taïwanaise TSMC, qui produit près de 90 % des semi-conducteurs avancés de la planète, consomme à elle seule près de 8,9 % de l’électricité de Taïwan.
Sans gaz pour produire de l’électricité, la chaîne serait rapidement interrompue : pas de gaz, pas d’électricité, et donc pas de puces électroniques.
L’impact potentiel ne s’arrête pas là. Environ 33 % des matières premières nécessaires à la production d’engrais azotés transitent également par ce passage maritime. Or l’agriculture moderne dépend largement de ces engrais : près de la moitié de la population mondiale doit sa production alimentaire à l’azote synthétique.
Au final, trois piliers essentiels de l’économie mondiale — les produits chimiques industriels, les semi-conducteurs et l’agriculture — dépendent d’un couloir maritime d’à peine 21 milles nautiques de large, pour lequel il n’existe aujourd’hui aucune alternative logistique à grande échelle.
