IMG_4683Actualités 

Témoignages inspirants : les associations algériennes misent sur les anciens addicts et les survivants du cancer pour sensibiliser efficacement

Face à la montée alarmante de l’addiction aux drogues et à l’augmentation des cas de cancer en Algérie (environ 55 000 nouveaux cas par an, selon les statistiques récentes du registre national du cancer), les associations et les acteurs de la société civile adoptent une approche novatrice et plus impactante : faire témoigner les personnes guéries ou réhabilitées. Ces récits personnels, vécus et authentiques, se révèlent bien plus efficaces que les discours traditionnels, les sermons ou les conférences médicales classiques.

Pour la lutte contre les drogues : « Sensibiliser les jeunes par les jeunes »

Dans le domaine de la prévention de l’addiction aux stupéfiants, aux psychotropes, au tabac ou aux pilules hallucinogènes, les imams, les prédicateurs et les cheikhs intègrent de plus en plus dans leurs campagnes de sensibilisation des jeunes qui ont vaincu leur dépendance. Ces anciens addicts deviennent des modèles vivants : leurs histoires touchent directement les adolescents et les jeunes adultes en difficulté.

Le cheikh Taher Derroui, figure reconnue dans les campagnes anti-drogue (notamment à travers des conférences et des interventions dans plusieurs wilayas comme El Tarf), confirme le succès retentissant de cette méthode. Selon lui, de nombreux jeunes ont opéré une repentance sincère (tawba nasouha) après avoir entendu ces témoignages. Certains sont devenus des habitués des mosquées, ont emmené leurs parents en Omra, ont amélioré leur comportement et se sont transformés en citoyens utiles et positifs pour la société.

Le cheikh souligne que la jeunesse algérienne est fondamentalement bonne et qu’elle a simplement besoin de guidance, d’orientation bienveillante et de sermons positifs. Les campagnes récentes menées par de nombreux da’wa montrent une réelle volonté de repentir et de guérison chez les jeunes, surtout quand on leur présente des exemples concrets de pairs qui ont relevé le défi et retrouvé une vie pleine d’énergie, de vitalité et d’ambition.

Le sociologue religieux Saadi El Hadi, interrogé par le journal Echorouk, va plus loin : « La qodwa (exemple concret) réelle est mille fois plus puissante qu’un millier de leçons ou de sermons. » Il rappelle que le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) était lui-même un exemple vivant (« un Coran qui marche sur terre »). Aujourd’hui, les jeunes ne sont plus touchés par les prêches abstraits ; ils ont besoin d’histoires de succès imitables, surtout quand elles viennent de personnes de leur âge et de leur milieu. Il appelle à généraliser ce principe dans les mosquées : inviter des citoyens ayant réussi dans divers domaines de la vie à partager leurs parcours pour inspirer les fidèles, au lieu de se limiter à un discours critique qui décourage et tue l’espoir.

Pour le cancer : les survivants comme source d’espoir et de force morale

De la même manière, les associations actives dans la lutte contre le cancer privilégient les témoignages des patients qui ont vaincu la maladie de façon définitive. Ces « survivants » deviennent des moteurs de motivation pour les malades actuels, en leur redonnant espoir et en renforçant leur moral.

La psychologue ** Rachida Oukal**, spécialiste du soutien psychologique aux patients atteints de cancer, explique que l’impact de ces témoignages dépasse largement les explications médicales. C’est pourquoi l’association de soutien psychologique et d’accompagnement des malades du cancer (et d’autres structures similaires) fait appel aux guéris lors de ses tournées de sensibilisation dans les différentes wilayas. Ces anciens patients racontent leur combat, prouvent que le cancer n’est pas forcément fatal et insistent sur le rôle clé de la détermination, de la volonté et du défi personnel.

Lors de ces rencontres, les malades actuels échangent leurs expériences quotidiennes, partagent leurs difficultés et bénéficient du soutien moral direct des survivants. Cette dynamique de groupe a prouvé son efficacité : elle contribue à augmenter les taux de guérison dans plusieurs établissements hospitaliers spécialisés, surtout avec les progrès des traitements médicaux combinés à un accompagnement psychologique renforcé (qui représente, selon la spécialiste, « la moitié du traitement »).

En résumé, que ce soit pour les addictions ou le cancer, la clé du succès réside dans le partage d’expériences vécues par des pairs. Cette approche positive, centrée sur l’espoir, la résilience et les succès réels, semble bien plus adaptée à la réalité des jeunes et des malades algériens que les méthodes traditionnelles descendantes.

Articles relatifs

Leave a Comment