Énergie : l’Algérie au cœur de la stratégie énergétique de l’Italie
Kessar Adel
Dans un contexte marqué par de fortes tensions au Moyen-Orient, l’Italie envisage d’augmenter sensiblement ses importations de gaz naturel en provenance de l’Algérie afin de renforcer sa sécurité énergétique. Cette orientation a été évoquée lors d’une réunion gouvernementale présidée par la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, consacrée à l’évolution de la crise régionale et à ses conséquences sur les marchés énergétiques internationaux.
La réunion, tenue au Palazzo Chigi, a rassemblé plusieurs responsables économiques et énergétiques de premier plan, dont le directeur général du groupe pétrolier Eni, Claudio Descalzi, ainsi que le dirigeant de l’opérateur d’infrastructures énergétiques Snam, Agostino Scornajenchi. Les discussions ont porté sur les risques pesant sur l’approvisionnement énergétique italien et sur les solutions envisageables pour limiter l’impact de la crise sur l’économie nationale.
Parmi les pistes étudiées figure l’augmentation des importations de gaz via le gazoduc transméditerranéen TransMed, également appelé TMP. Cette infrastructure stratégique relie le champ gazier de Hassi R’Mel en Algérie à la ville de Mazara del Vallo en Sicile. En 2025, ce corridor énergétique a permis d’acheminer plus de 20 milliards de mètres cubes de gaz vers l’Italie. Selon certaines estimations, la capacité du gazoduc pourrait être portée à environ 30 à 35 milliards de mètres cubes par an, ce qui permettrait de réduire la dépendance aux importations de gaz naturel liquéfié sur le marché mondial.
Cette réflexion intervient alors que les marchés énergétiques sont particulièrement sous tension. Plusieurs événements récents, notamment les menaces sur le détroit d’Ormuz, des attaques contre des installations énergétiques au Qatar et en Arabie saoudite, ainsi que la suspension temporaire de certaines productions de gaz naturel liquéfié, ont provoqué une forte volatilité des prix de l’énergie en Europe.
Sur le marché européen, le prix de référence du gaz négocié sur le hub TTF aux Pays-Bas a fortement progressé, atteignant environ 46 euros le mégawattheure après une hausse de près de 45 %. Parallèlement, les niveaux de stockage de gaz dans l’Union européenne restent relativement faibles, ce qui alimente les inquiétudes quant à la sécurité de l’approvisionnement énergétique du continent.
Dans ce contexte, l’Algérie apparaît comme un partenaire stratégique pour l’Italie. Depuis la réduction des livraisons de gaz russe à l’Europe, Alger est devenu le deuxième fournisseur de gaz naturel du marché italien, couvrant plus de 32 % de la demande nationale. Les exportations algériennes via le gazoduc TransMed ont dépassé les 20 milliards de mètres cubes en 2025, auxquelles s’ajoutent des livraisons de gaz naturel liquéfié.
Cette coopération énergétique s’inscrit dans la continuité de l’accord stratégique signé en 2022 entre Rome et Alger, qui vise à renforcer la place du gaz algérien dans les importations italiennes. L’objectif affiché est de porter la part de l’Algérie à environ 40 % du gaz consommé en Italie, consolidant ainsi un partenariat énergétique jugé essentiel pour les deux pays.
Cependant, cette option comporte également des défis. Les contrats d’exportation de gaz algérien étant largement indexés sur les prix du pétrole, la hausse actuelle des cours pétroliers pourrait entraîner une augmentation du coût du gaz pour les acheteurs européens. Par ailleurs, la compagnie nationale Sonatrach doit entamer prochainement de nouvelles négociations tarifaires avec ses partenaires, conformément aux clauses de révision prévues dans les contrats.
Dans un environnement international incertain, l’Italie semble ainsi privilégier la proximité géographique et la stabilité de ses partenaires énergétiques. En renforçant son axe énergétique avec l’Algérie, Rome cherche à sécuriser son approvisionnement tout en consolidant un partenariat stratégique qui pourrait également renforcer le rôle géopolitique d’Alger sur la scène énergétique internationale.
