Paris–Alger : la visite de Laurent Nunez sous haute tension
Nabil.K
Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, effectue ce lundi une visite de travail de deux jours en Algérie, où il doit s’entretenir avec son homologue, Saïd Sayoud. Un déplacement scruté de près, tant les enjeux sécuritaires et migratoires pèsent sur la relation bilatérale.
À la tête d’une délégation composée des principaux responsables des services de sécurité — Céline Berthon (renseignement intérieur), Louis Laugier (police nationale) et Hubert Bonneau (gendarmerie) — le ministre français entend franchir une nouvelle étape après plusieurs semaines de préparation technique entre les deux pays. « Nous passons désormais à la phase politique », a-t-il indiqué à la veille de son déplacement, insistant sur le caractère structuré et anticipé de la démarche.
Relancer un dialogue sous tension
La visite intervient dans un climat de relations fragilisées. Les crispations des derniers mois, alimentées notamment par les prises de position de Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, ont laissé des traces. Les débats autour des visas et de la coopération migratoire ont ravivé des tensions récurrentes entre Paris et Alger.
Dans ce contexte, la rencontre vise avant tout à rétablir des canaux de communication directs et à restaurer un minimum de confiance. Le format « face-à-face » est présenté comme un levier pour désamorcer les incompréhensions et aborder sans détour les dossiers sensibles.
L’accord de 1968 au cœur des discussions
Parmi les sujets prioritaires figure l’Accord franco-algérien de 1968, qui encadre les conditions de séjour des ressortissants algériens en France. Confronté à la pression croissante de l’extrême droite sur la question migratoire, l’exécutif français souhaiterait revoir certaines dispositions, notamment celles relatives au regroupement familial.
Alger, de son côté, devrait insister sur les enjeux liés à la sécurité nationale, en particulier la coopération judiciaire et la question des personnes recherchées par la justice algérienne présentes sur le territoire français. Les autorités algériennes plaident pour une application effective et non sélective des accords d’extradition.
Un test pour la relation bilatérale
Au-delà des dossiers techniques, cette visite s’inscrit dans une tentative plus large de redéfinition des priorités diplomatiques entre les deux capitales. Elle pourrait ouvrir la voie à une relance du dialogue stratégique, notamment sur les questions sécuritaires au Sahel et la lutte contre la criminalité organisée.
Reste à savoir si ce déplacement permettra de dépasser les logiques de confrontation politique et d’amorcer une séquence plus apaisée dans une relation historiquement dense, mais régulièrement traversée de turbulences.
