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Nouveau code de la route en Algérie : le ministère de l’Intérieur ouvert au dialogue face à la grogne des transporteurs

Alger, 5 janvier 2026 – Face à l’hécatombe persistante sur les routes algériennes et à la contestation naissante dans le secteur des transports, le ministère de l’Intérieur affiche une posture d’ouverture. Hassiba Gouassmia, vice-directrice de la circulation routière au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, a affirmé que les autorités sont « prêtes à examiner toutes les observations » relatives au projet de nouveau code de la route.

Dans une intervention récente sur la Radio algérienne (Chaîne 1), Mme Gouassmia a rappelé que ce projet de loi, adopté par l’Assemblée populaire nationale (APN) le 24 décembre 2025, répond à une « nécessité impérieuse » face à l’explosion du nombre d’accidents de la circulation. Pour l’année 2025, les statistiques officielles font état d’un bilan particulièrement lourd : 2 066 morts et près de 90 000 blessés, selon la Protection civile, avec plus de 82 000 interventions liées à des accidents routiers.

Le texte, actuellement en discussion au Conseil de la nation pour enrichissement avant son adoption définitive, est le fruit d’un travail collaboratif associant la Gendarmerie nationale, la Sûreté nationale et le secteur de la Justice. Composé d’environ 190 articles, il encadre les règles de circulation, les conditions d’obtention du permis de conduire — y compris professionnel —, les normes techniques des véhicules, ainsi que les procédures de constatation des infractions et les sanctions prévues.

La politique nationale de sécurité routière repose sur plusieurs piliers : éducation routière, sensibilisation, formation et dissuasion légale. « L’objectif est de bâtir un cadre juridique intégré permettant de prévenir les accidents et de rendre nos routes plus sûres », a expliqué Hassiba Gouassmia.

Parmi les principales nouveautés figure un classement des infractions en quatre niveaux de gravité, allant de la simple contravention jusqu’à la jana (crime), avec des amendes forfaitaires ou pécuniaires alourdies. Les sanctions sont particulièrement renforcées en cas de conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, ou lorsque l’infraction entraîne des blessures ou des décès involontaires.

Conformément aux directives du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le projet élargit la responsabilité à l’ensemble des acteurs du secteur : concepteurs et gestionnaires des infrastructures routières, ainsi que les auto-écoles en cas de délivrance irrégulière de permis, avec la possibilité de poursuites civiles et pénales.

Ces dispositions ont toutefois suscité une vive polémique, notamment sur les réseaux sociaux et au sein du secteur des transports. Dès le 1er janvier 2026, des transporteurs — chauffeurs de camions, de bus et de taxis — ont entamé un mouvement de grève dans plusieurs wilayas, dénonçant des sanctions jugées excessives et un impact négatif sur leurs conditions de travail. Ce mouvement, accentué par la récente hausse des prix des carburants, a perturbé le transport de marchandises et de voyageurs.

En réponse, le ministère de l’Intérieur a engagé une série de réunions avec les partenaires sociaux, notamment les syndicats et les organisations professionnelles telles que l’UNAT et l’UGTA. Des engagements ont été pris en vue de réviser certains tarifs de transport et d’intégrer les revendications des professionnels dans la version finale du texte. Si certaines organisations ont appelé à la reprise du travail, d’autres maintiennent la pression.

Hassiba Gouassmia a tenu à préciser que « la dissuasion n’est pas une fin en soi, mais un moyen de corriger les comportements fautifs ». Elle a réaffirmé l’ouverture des autorités au dialogue, soulignant que le projet demeure « enrichissable » avant son examen final par le Conseil de la nation.

Dans un contexte où les routes algériennes figurent parmi les plus dangereuses de la région, ce nouveau code de la route se présente comme une tentative ambitieuse de concilier prévention et répression. Reste à savoir si les concertations en cours permettront d’apaiser les tensions et d’aboutir à un texte consensuel, en amont de sa promulgation attendue dans les prochains mois.

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