Les dimensions cachées de l’intervention émiratie : du Yémen à la Corne de l’Afrique
Au cours des dernières années, la politique étrangère des Émirats arabes unis a connu une évolution notable, passant d’un rôle traditionnellement axé sur le commerce et les alliances régionales à une approche plus directe et interventionniste dans les zones de conflit. De nombreux observateurs décrivent cette transformation comme le reflet d’une ambition stratégique visant à combler des vides de pouvoir régionaux, en s’appuyant sur un mélange d’outils militaires, économiques et diplomatiques.
La stratégie émiratie et ses critiques
Certains analystes critiquent la politique émiratie pour son pragmatisme extrême, caractérisé par une grande flexibilité idéologique qui permet de soutenir des acteurs aux positions opposées selon les contextes. Cette approche est perçue comme une quête d’influence accrue, souvent au détriment de la stabilité à long terme des régions concernées.
Au Yémen : un engagement controversé
Dans le conflit yéménite, les Émirats arabes unis ont joué un rôle clé au sein de la coalition menée par l’Arabie saoudite depuis 2015. Officiellement engagés contre les rebelles houthis, les Émirats ont toutefois poursuivi des objectifs propres, notamment le contrôle de points stratégiques comme le port d’Aden et l’île de Socotra. Ils ont soutenu diverses milices locales, dont le Conseil de transition du Sud (CTS), favorable à une sécession du sud du Yémen. Ces actions ont été accusées de compliquer le processus de paix et d’alimenter la fragmentation du pays.
En Libye : un soutien discret mais déterminant
Dans la guerre civile libyenne, les Émirats ont apporté un appui militaire et financier important au maréchal Khalifa Haftar et à ses forces basées à l’est du pays. Fourniture d’armes, drones et mercenaires ont été documentées malgré l’embargo de l’ONU. Ce soutien vise à contrer les influences turque et qatarie, tout en sécurisant des intérêts économiques, notamment pétroliers.
Dans la Corne de l’Afrique : ports et influence géostratégique
Les Émirats ont investi massivement dans les infrastructures portuaires de la Corne de l’Afrique, notamment à Berbera (Somaliland), Assab (Érythrée) et Djibouti. La société DP World a signé plusieurs contrats de gestion portuaire, renforçant la présence économique émiratie. Ces investissements sont perçus comme une manière de sécuriser les routes maritimes du Bab el-Mandeb et de la mer Rouge, tout en étendant l’influence politique dans une région stratégique.
Une politique de puissance régionale
À travers ces interventions, les Émirats arabes unis cherchent à s’imposer comme une puissance régionale incontournable, capable de projeter sa force bien au-delà de ses frontières. Cette stratégie, fondée sur une diplomatie active, des investissements massifs et un usage pragmatique de la force, suscite autant d’admiration pour son efficacité que de critiques pour ses conséquences sur la stabilité régionale.
Si les résultats sont parfois tangibles sur le plan sécuritaire et économique pour Abu Dhabi, les observateurs soulignent que ces engagements prolongés comportent des risques de surextension et de réactions hostiles de la part d’autres acteurs régionaux et internationaux
