Bruxelles déstabilisée par les revirements douaniers américains
Nabil.K
Un haut responsable du Parlement européen a proposé dimanche de reporter le vote sur l’accord commercial conclu entre l’Union européenne et les États-Unis, estimant que les bases juridiques et les conditions dans lesquelles ce compromis avait été négocié ne sont plus les mêmes. Cette demande intervient dans un climat de confusion provoqué par les récents rebondissements de la politique tarifaire américaine.
Vendredi, la Cour suprême des États-Unis a annulé les droits de douane mondiaux imposés par le président Donald Trump, créant un bouleversement inattendu. En réaction, le chef de la Maison-Blanche a instauré une taxe provisoire de 10 %, rapidement relevée à 15 % dès le lendemain. Ce changement brusque a alimenté l’incertitude parmi les partenaires commerciaux de Washington, dont l’Union européenne.
« Un véritable chaos tarifaire de la part de l’administration américaine. Plus personne n’y comprend rien : que des questions en suspens et une incertitude croissante pour l’UE et les autres partenaires commerciaux des États-Unis », a dénoncé Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen, dans un message publié sur le réseau X. Selon lui, les modalités de l’accord négocié l’an dernier doivent être réexaminées à la lumière de ces nouveaux développements.
L’accord en question avait été conclu en juillet dernier au golf de Turnberry, en Écosse, propriété de Donald Trump. Ce compromis visait à désamorcer une escalade commerciale entre les deux rives de l’Atlantique. Il prévoyait la suppression de nombreux droits d’importation européens sur des produits américains, en échange d’un tarif américain plafonné à 15 % sur la majorité des exportations européennes. L’objectif affiché était d’éviter une guerre commerciale aux conséquences potentiellement lourdes pour l’économie mondiale.
Toutefois, la mise en œuvre de cet accord nécessite l’approbation des gouvernements des États membres ainsi que celle du Parlement européen. Or, selon Bernd Lange, les changements récents intervenus à Washington modifient la base juridique du compromis et exigent des clarifications avant toute ratification. Les eurodéputés écologistes ont également plaidé pour une suspension du vote, estimant que le contexte politique et commercial ne permet pas une décision sereine.
Les tensions transatlantiques ne sont pas nouvelles. Le mois dernier, le Parlement européen avait déjà suspendu ses travaux sur cet accord pour protester contre les exigences de Donald Trump concernant l’acquisition du Groenland ainsi que contre ses menaces tarifaires visant des alliés européens opposés à ce projet. Malgré cette crispation, l’assemblée avait finalement décidé d’inscrire le vote à son agenda pour la fin du mois de février.
Aujourd’hui, la situation apparaît plus incertaine que jamais. Entre décisions judiciaires américaines, revirements tarifaires et tensions géopolitiques persistantes, l’accord de Turnberry semble fragilisé. Le report du vote pourrait offrir aux institutions européennes le temps nécessaire pour évaluer les implications juridiques et économiques de ces changements, dans un contexte où la stabilité des relations commerciales transatlantiques demeure un enjeu stratégique majeur.
