Algérie–Europe : une relation redessinée sans la tutelle française
Pendant des décennies, la France a été perçue comme la porte d’entrée obligatoire vers l’Europe pour l’Algérie. Cette logique, héritée de l’histoire coloniale et entretenue par des réflexes diplomatiques, a longtemps façonné une relation ambiguë, davantage fondée sur la mémoire que sur les intérêts. Aujourd’hui, ce schéma est en train de s’effacer : l’Algérie construit des partenariats directs avec plusieurs capitales européennes, tandis que Paris peine à s’adapter à ce nouvel équilibre.
France : un poids historique devenu un frein
- Influence en recul : Paris n’est plus le centre de gravité économique et politique de l’Union européenne. L’Allemagne et l’Italie occupent désormais des positions stratégiques plus fortes.
- Relation crispée : le discours français reste marqué par la mémoire coloniale et une logique de loyauté, ce qui crée des tensions avec Alger et embarrasse certaines capitales européennes.
- Un rôle affaibli : la France apparaît parfois comme un obstacle plutôt qu’un médiateur dans la relation Algérie–UE.
L’Europe pragmatique : des partenariats sans mémoire
- Allemagne : mise sur l’Algérie comme alternative énergétique fiable, notamment via le projet SoutH2 Corridor pour l’hydrogène.
- Italie : premier partenaire énergétique, avec des investissements massifs d’ENI et une part dominante du gaz algérien dans son marché.
- Espagne : après une crise diplomatique, les échanges ont repris, l’Algérie redevenant un fournisseur majeur de gaz.
- Portugal, Pays-Bas, Royaume-Uni : explorent de nouvelles opportunités dans l’énergie, l’investissement et la gestion des flux migratoires, loin des logiques de chantage.
Une stratégie algérienne de diversification
- Sortir du tête-à-tête avec Paris : l’Algérie ne cherche pas à exclure la France, mais à ne plus dépendre d’elle comme unique relais vers l’Europe.
- Négocier en position de force : Alger impose une logique de partenariat équilibré, fondé sur le principe du gagnant-gagnant.
- Révision de l’accord de partenariat UE–Algérie : après 20 ans, Bruxelles accepte de revoir les termes, signe que l’Algérie est désormais reconnue comme un acteur incontournable.
La relation Algérie–Europe est entrée dans une nouvelle ère :
- Paris n’est plus la référence unique.
- Alger dialogue directement avec Berlin, Rome, Madrid et d’autres capitales.
- Le poids de la mémoire coloniale s’efface au profit d’une logique de pragmatisme et de souveraineté.
Ce basculement n’est pas une rupture brutale mais une reconfiguration stratégique : l’Algérie ne cherche plus une porte vers l’Europe, elle ouvre ses propres accès.
