Abderrahmane Khelifa dévoile Mosquées et Sanctuaires d’Algérie, une œuvre majeure sur le patrimoine religieux national
La librairie Chaïb Dzaïr, relevant de l’Anep Éditions à Alger, a accueilli dimanche une rencontre culturelle de grande importance autour de l’archéologue et historien Abderrahmane Khelifa. À l’occasion d’une séance de vente-dédicace, l’auteur a présenté son nouvel ouvrage intitulé Mosquées et Sanctuaires d’Algérie, une étude approfondie consacrée au patrimoine cultuel musulman du pays, fruit de longues années de recherches de terrain et d’investigations historiques.
Réunissant universitaires, étudiants, passionnés d’histoire et lecteurs curieux, la rencontre s’est déroulée dans une atmosphère d’échange et de réflexion. Abderrahmane Khelifa a exposé les grandes lignes de cet ouvrage, conçu comme un travail scientifique de référence, mais aussi comme un appel à la préservation de la mémoire architecturale et spirituelle de l’Algérie.
Un panorama du patrimoine religieux algérien
Le livre propose un large panorama des grandes mosquées historiques d’Algérie, notamment celles d’Alger, de Béjaïa et de l’Oranie, tout en mettant en lumière les édifices religieux des Béni Snous à Tlemcen. L’auteur y aborde également d’autres composantes essentielles du patrimoine cultuel, telles que les sanctuaires, médersas, zaouïas, qobbas et cimetières anciens, témoins d’une histoire spirituelle profondément enracinée.
Au cours de sa présentation, Abderrahmane Khelifa a rappelé que le patrimoine religieux algérien s’est constitué dès l’introduction de l’Islam en Afrique du Nord au VIIᵉ siècle, avant de s’enrichir au fil des dynasties qui se sont succédé. L’ouvrage retrace ainsi les apports des périodes almohade et zianide, ainsi que l’héritage ottoman laissé par les deys et les beys, révélant la diversité des styles architecturaux et des expressions artistiques.
Les atteintes du colonialisme à la mémoire cultuelle
Un chapitre important du livre est consacré à la période coloniale, que l’auteur analyse avec un regard critique. À partir du XIXᵉ siècle, le colonialisme de peuplement a engagé un processus de marginalisation et de destruction du patrimoine religieux algérien, entraînant la transformation ou la disparition de nombreux édifices. L’historien a évoqué, à titre d’exemples marquants, les mosquées Al Sayida et Ketchaoua à Alger, ainsi que le cimetière des Zianides à Tlemcen, symboles des atteintes portées à la mémoire nationale.
Entre résistance spirituelle et transmission de l’héritage
Face à cette politique de déculturation, l’auteur souligne la résilience de la société algérienne, qui a su préserver son identité religieuse à travers l’enseignement du Coran, le rôle des zaouïas et l’activité des confréries. Ces institutions ont constitué des espaces essentiels de résistance spirituelle, de cohésion sociale et de transmission des valeurs durant les périodes de domination coloniale.
Dans Mosquées et Sanctuaires d’Algérie, Abderrahmane Khelifa adopte une approche mêlant rigueur scientifique et dimension mémorielle. En s’appuyant sur des archives, des textes anciens et des données issues de fouilles archéologiques, il restitue l’existence d’édifices aujourd’hui disparus ou profondément altérés, mais toujours présents dans la mémoire collective.
L’ouvrage accorde également une attention particulière aux caractéristiques architecturales des monuments religieux, analysant les plans, les matériaux, les décors et les inscriptions, afin de mettre en valeur la richesse et la diversité du patrimoine algérien.
Un ouvrage de référence et de sensibilisation
La séance de vente-dédicace a été marquée par de nombreux échanges avec le public, témoignant de l’intérêt suscité par ce travail, perçu comme une contribution majeure à la connaissance du patrimoine religieux national. Pour de nombreux lecteurs, le livre dépasse le cadre académique pour devenir un outil de sensibilisation destiné aux jeunes générations.
À travers Mosquées et Sanctuaires d’Algérie, Abderrahmane Khelifa propose bien plus qu’un simple ouvrage d’histoire : il offre un véritable voyage au cœur de la spiritualité et de l’architecture algériennes, tout en rappelant la nécessité de protéger ces lieux chargés de sens. Un livre-mémoire engagé, qui invite à considérer les mosquées et sanctuaires comme des témoins vivants de l’identité et de l’histoire du pays.
